Accompagner et/ou autonomiser?

Aujourd’hui, je participais à un séminaire avec d’autres formateurs.
La directrice de l’établissement, qui introduisait la journée, proposait cette réflexion qui a rapidement fait écho en moi ainsi qu’à plusieurs de mes collègues du jour.
Elle disait, en substance, que

 « trop accompagner peut empêcher l’autonomisation ».

Et je trouve cela plutôt juste.
Cette évocation m’a rappelé une phrase issue d’un de mes films préférés : « Le plus beau des combats ». Denzel WASHINGTON, qui joue le rôle du coach d’une équipe de football américain dans une ville encore très marquée par les différences raciales, apparaît dur avec ses joueurs et notamment avec ses joueurs noirs. Il dit au coach adjoint, blanc, qui a tendance à surprotéger les jeunes : « Vous les handicaper. Vous les handicaper pour la Vie en les prenant par la main ! ».

Ouvrons un peu la réflexion…
Jusqu’où accompagner peut avoir un effet pervers ? Accompagner permet-il l’autonomisation ? Quand impulser, sinon, ce processus ?

Si je considère l’accompagnement comme une relation « côte à côte », de co-construction bienveillante dans la perspective d’aider l’autre à grandir, à développer des compétences, façonner un savoir-être,…

Je m’évertue à garder une posture centrée sur l’objectif et l’intérêt de la personne.

Donc, je m’adapte. Ainsi, je délaisse du mieux que je peux ce besoin humain d’être aimé ou admiré. Car la personne accompagnée à des attentes ; nous sommes sollicités pour l’aider à y répondre, pas pour briller (c’est, en tout cas, ma vision de l’accompagnement).
Je suis de nature bienveillante, empathique, à l’écoute et je cultive au mieux ces qualités. Pour autant, je peux être aussi provocateur, impoli, refuser des demandes de coaching,… Et chacune de cette facette répond à une stratégie pour aider le client, l’apprenant, l’équipe à progresser, mâturer, dépasser ou contourner les obstacles, atteindre des objectifs…
Parfois, des étudiant(e)s, des personnes que j’ai accompagnée, ou qui me sollicitent semblent surprises de ces comportements qui ne correspondent pas avec l’image qu’elles ont de moi… Des fois, je leur explique que c’est une manière de les aider, d’autres fois, je ne leur dit rien.

Et là peut être une première bascule entre accompagner et autonomiser.

Ritualiser l’accompagnement peut bousculer l’autre

et, ce point de déséquilibre mesuré et voulu, ce moment de vacillement parfois inconfortable peut être le passage symbolique pour la personne entre le problème dépassé et l’objectif atteint et aussi, entre l’accompagnement et l’autonomisation.
Je teste l’hypothèse que la personne est prête à « marcher seule ». Je marque volontairement une rupture dans la forme de l’accompagnement comme pour lui dire, de manière inconsciente (et parfois aussi de manière très directe) : « Hop hop hop, c’est jour de match ! Mettons en pratique en conditions réelles ! ».
On échange et on réajuste si besoin.
Sinon, c’est aussi une occasion de renvoyer à l’autre : « Tu ne te sens pas prêt, OK. Tu as encore besoin d’être rassuré, d’accord. Et comment sauras-tu, si tu n’essaies pas seul, que tu es prêt ?! ».
On échange et on réajuste si besoin là encore.

Par exemple : ces étudiant(e)s que j’accompagne dans la préparation orale de leur concours. Je les coache, les accompagne, les écoute, les entraîne, les encourage, plusieurs semaines, plusieurs mois… Le jour d’un oral blanc, je joue un jury qui n’est plus le formateur qu’ils connaissent et je suis extrêmement rigoureux dans ce jeu de rôle car ces oraux blanc font partie d’une étape importante de leurs apprentissages nouveaux où ils vont réussir à ancrer en eux ces changements profonds qui vont les aider le jour J.

Aussi,

l’autonomisation, pensée comme un processus dynamique naturel

nécessite, à la base, un cadre de référence qui va être dépassé (le nourrisson qui passe de l’horizontalité du « quatre pattes » à la verticalité de la marche ; l’étudiant qui apprend un métier pendant x années avant d’être officiellement professionnel validé par un diplôme, etc…) et des tuteurs d’accompagnements qui vont soutenir et faciliter cette émancipation (les parents du nourrisson qui l’encouragent, l’aident à se relever, le félicitent ; les formateurs qui transmettent un savoir faire, un savoir être, qui écoutent, certifient, encouragent et félicitent aussi).
Il s’agit là alors d’une deuxième bascule que celle d’une étape naturelle qui découle de manière fluide de l’accompagnement proposé.
Cette jeune femme qui me dit très naturellement, après deux séances, comme si c’était déjà un acte banal, qu’elle ne vomit plus lorsqu’elle va au travail maintenant. Elle était victime de ces maux depuis plusieurs années… L’autonomisation a été si naturelle que l’accompagnement s’est arrêté de fait.

Accompagner l’autre ? Accompagner l’autonomisation de l’autre ? Accompagner différemment en fonction de l’évolution de l’autre ? Adapter sa posture, ses outils, sa pratique au service de l’autre ?…
Expliquer sa stratégie de coaching à l’autre ? Tout ou partie ?…

Il y aurait tant à dire que cette réflexion va se nourrir encore de nos rencontres, de vos retours, de mon évolution en tant qu’humain, que coach, que formateur,…

Et vous, vous en pensez quoi ?

Jérémy

(Est-ce cet homme âgé qui utilise sa canne pour retrouver l’enfant en lui? Ou est-ce cet enfant qui se cache derrière tant de limites? 😉 )

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